Ca c'est une photo du Nord à Cassel très exactement dans les Flandres. Je l'ai prise pour illustrer le film homonyme que nous avons vu hier soir à la Ferme du Buisson de Noisiel (93).
C'est vraiment l'ambiance du film sauf que ce dernier se passe plutôt en bas dans les champs!! mais la lumière est la même... Grisée, figée, ouatée, cotonneuse et grise d'un ennui. Nous étions pourtant en plein été, mais il n'y a guère de différence avec l'hiver du film. Ce dernier a été tourné vers Bailleul pas très loin d'ailleurs.
Tout ça en guise d'introduction parce-qu'il va bien falloir que j'écrive dessus,et que c'est très dur. Parce-que c'est un film dérangeant, tout sauf romantique. Le titre est trompeur! J'ai eu du mal à le regarder jusqu'au bout car il y a du pire et du meilleur dedans... Tout le monde en parle soit disant, mais nous n'étions que 3 couples dans la salle! J'ai failli partir avant la fin, et nous sommes d'ailleurs partis les premiers. Nous aurions bien voulu savoir que pensaient les 2 autres couples qui semblaient prostrés dans leur fauteuil scotchés! J'étais en état de choc, et arrivée à la maison, je me suis mise en boule hébétée dans le lit, la nausée au bord des lèvres et les larmes aux yeux. Trop crispée pour parler, trop révoltée par la violence du film.
Entendons nous bien: ce n'est pas un film "porno", (il y a pas mal de scènes d'accouplement plutôt bestiaux et pour corser ça se passe dans la nature sur la paille, ou dans l'étable...) ni une étude sur les moeurs de paysans frustes à la limite de l'autisme, enfermés dans leur tracteur creusant de gras sillons soulevés par un soc brillant de cruauté parce-que filmé en gros plan... mais un savant "brûlant-glacé" sur fond de silence sidéral, et plans immobiles et grandioses... Pas de musique, mais cela n'est pas nécessaire, car elle n'aurait que faussé le message du film.
Ca pour être bien filmé, ça l'est! Une sobriété dans les paroles à la limite du borborygme, voire des seuls regards échangés, et tout est dit. Tout quasiment passe par les yeux, avec des plans rapprochés sur le visage d'une poignée d'acteurs inconnus. Par opposition à l'aspect assez primaire voire primate des acteurs masculins, les paysages sont d'une beauté à couper le souffle. Bibliques! Le froid des Flandres glacées et humides, le brûlant d'un pays désertique quelque part dans une contrée du Moyen-Orient. Aucune référence géographique, et c'est volontaire, car on dirait une fable moderne sur la vilenie répétée des guerres à travers tous les temps. Ce qui est angoissant et oppressant, c'est que cela pourrait se passer aujourd'hui, demain après des hiers très récents qu'on nous montre tous les jours dans les médias... Le réalisateur Bruno DUMONT a sans doute voulu mettre le doigt où ça fait mal pour qu'on prenne conscience du Mal absolu de la guerre, que nous nous habituons trop à regarder avec indifférence entre la poire et le fromage! Ce film me fait penser à "Délivrance" que j'ai vu il y a 30 ans avec Jon VOIGHT. Même faciès grossiers, même nature hostile et éblouissante, même violence feutrée et soudaine dans le non-dit...
Bref, il s'agit d'un groupe de jeunes agriculteurs du Nord qui partent à la guerre, où on n'e sait rien, une guerre absurde et irréelle mais dont les actes sont malheureusement vrais. On les a racontés lors de génocides récents (Rwanda, Roumanie, Yougoslavie etc)
On ne nous épargne, ni les bombes qui déchiquèttent un cheval, ni les balles qui tuent et défigurent, ni les séances de tortures, ni le viol, ni l'émasculation en représailles, dans un cadre impitoyablement minéral et sans végétation... A la limite, c'est prequ'invraisemblable, car on saute de période en période comme pour nous déstabiliser, et nous faire perdre nos repères. On saute de la France bien connue à une région arriérée du globe, pour un combat hasardeux et ridicule (on voit nos guerriers partir à cheval dans le désert sac à dos!!! alors que des chars prennent la direction opposée. Pour quelle mission? On n'en sait rien! La mission absurde de se faire tuer méthodiquement un par un, de tuer de pauvres hères désarmés. Demester le héros du film amoureux secrètement de Barbe restée au Pays, seul en réchappera, et finira par voir son amour accepté par cell-là même qui le rejetait... Demester et Barbe...Des noms de paysans breughéliens!!
Je crois que ce film dégoûtant par sa violence et sa provocation de prime abord n'est pas à rejeter d'emblée, car il fait réfléchir sur la nullité de la guerre et le fait qu'elle n'apporte rien que désolation, avilissement, transformation de l'humain en monstre incontrôlable.
Cela peut arriver à chacun d'entre nous.
Et ça fait peur!


