Dimanche 03 Septembre 2006

Bruno Dumont est pour moi un réalisateur parfaitement inconnu et pourtant, il n'en est pas à son premier film. Un autre a été primé: "l'Humanité" (que je n'ai pas vu). Son premier film est "la Vie de Jésus" .

Les trois films ont la particularité d'avoir été tournés tous les trois au même endroit: dans le Nord d'où il est originaire...

Flandres a eu le Grand Prix de Cannes ce qui m'a sciée immédiatement après avoir vu le film qui semblait être l'apologie de la guerre.

En fait c'est tout le contraire, mais il fallait que le travail se fasse à l'intérieur de nous mêmes. Un travail de transformation.

Ca ne m'est pas venu en une seule journée. Les images sont si fortes qu'elles redéfilent à l'infini. Je les vois avec une précison accrue alors qu'elles auraient dû s'estomper. Bruno Dumont a paraît-il coupé la fin du fim où Demester massacrait tout le monde. Il a eu raison car cela n'aurait rien ajouté à ce qui est déjà montré. Demester dans le film ne tue pas, mais son regard se fait de plus en plus creux, et petit, jusqu'à n'être plus que deux fentes. C'est lui qui tue. Il assiste à une boucherie moyenâgeuse qui se passe aujourd'hui et est intemporelle. C'est cela qui est effrayant. Nous sommes soit disant des gens civilisés, et en nous "la bête sommeille".

Je disais dans d'autres articles que j'aimais les contraires notamment en peinture, et c'est ce que je pratique moi-même. Ce film montre sans cesse des oppositions, et c'est cela qui m'a aidée à comprendre pourquoi le film a été tourné.

Au début, on assiste à des plans très longs et immobiles  montrant Demester tournant en rond désoeuvré dans sa ferme, les Flandres embrumées qui paraissent ouvertes sur l'extérieur. En réalité, nos protagonistes sont enfermés en eux-mêmes dans un monde clos.

Pareil dans le désert qui montre un horizon bouché par des montagnes lunaires et hostiles. Deux colonnes de fumée noire s'élèvent dans le ciel instillant une sourde angoisse au spectateur que je suis: ici il ne se passe rien en apparence, mais là bas? Quelles atrocités?

L'image  qui m'a frappée le plus:

le regard lourd de douleur, de mépris  et d'incompréhension de la jeune soldate "ennemie" à genoux face à notre commando prisonnier et attaché les mains derrière le doset à genoux tête basse. De ses yeux seuls, elle demande des comptes. On voit la terreur en face sans mots....Elle va venger sa compatriote violée en appliquant le "oeil pour oeil, dent pour dent" inévitable: le violeur sera entraîné dans un cabanon voisin et torturé. Les cris stridents vrillent nos oreilles. Pas besoin de voir: on sait qu'il n'en réchappera pas. Suprême humiliation: il est achevé devant ses camarades, à demi-nu et émasculé...

Suprême mépris: il est traîné comme un bestiau dans un coin...

Là est la chute: on passe directement au plan suivant où Demester s'échappe (on ne sait comment). On entend son souffle désespéré pour échapper à la mort, au collapsus d'épuisement...

Puis soudain on le voit de retour dans les Flandres tomber dans les bras de Barbe et pleurer.

Ca finit comme ça.

publié par anne-laure bayart dans: ROMEO USA

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