Comme je l'ai dit précédemment, nous voici en route pour retrouver Brenda vers 15h car elle chante dans une heure. Personne? J'entre dans la ravissante église de Varengeville. Je rencontre Damien Top, le directeur artistique responsable du festival Albert Roussel. Je suis encore loin de me douter qu'il est non seulement directeur artistique, mais aussi chanteur et comédien, qu'il a fait des études musicales approfondies, bref qu'il a un cursus très varié! En attendant, il m'explique que Brenda est dehors à répéter face au vent et à la vue sublime des falaises... Quand elle me voit , c'est la grande émotion car elle est si contente que nous soyions venues la voir et l'écouter!

Voici la phrase gravée sur la tombe d'Albert Roussel face à la vue ci-dessus. Albert a sûrement entendu la voix de Brenda traverser les pierres de l'église pour se joindre à sa méditation d'homme de la mer. (Il n'a vécu que par elle et pour elle après une carrière écourtée dans la Marine!) Damien, grand spécialiste de la musique au XIX-XXème siècle, nous a présenté de façon fort agréable et fluide les 19 morceaux chantés par Brenda en expliquant leurs liens entre eux (le thème du Jardin comme paradis terrestre) et avec André Roussel dont la musique est présentée dans le cadre de ce Festival à plusieurs endroits différents, allant de la Belgique à la Normandie en passant par le Nord-Pas-de-Calais.
Pour ma part, je ne connaissais absolument pas ce compositeur que mon grand-père André MARE a peut-être connu (il faudra que je vérifie!) puisqu'ils étaient contemporains, et qu'en plus ils connurent tous les deux Maurice Ravel. En effet, mon grand-père a dessiné les décors de théâtre de la pièce "l'heure espagnole"...
Le monde est petit puisque nous nous sommes rendus à Cassel fin août sans savoir que le Festival André Roussel y aurait également lieu...
J'ai pu enregistrer deux courts extraits chantés par Brenda:

Programme:
Emile GOUE: l'Offrande sous les nuages
Damien TOP:Dickinson Songs (création mondiale)
Roland MANUEL: Sonnet
Eli MARSHALL: Infini (création mondiale)
Albert ROUSSEL: Le Jardin mouillé, Jazz dans la nuit
Daron ARIC HAGEN: I'll sing a song to my love, Love
Amy BEECH: From Grandmother's garden (pour piano)
Gabriel FAURE: La chanson d'Eve
Jake HEGGIE: Eve Song
Nous avons terminé la soirée au restaurant "la Marine" de Dieppe (à nous barbouiller la truffe de crème fraîche, comme d'hab, en mangeant les incontournables moules!) avant de retourner à Paris!!
Hier, nous avons parcouru Lyons-la-Forêt, fait un premier repérage à Varengeville...zyeuté les cottages qui bordaient notre route étroite au demeurant. La route de Vastérival, ce ne sont pas les Champs-Elysées, mais le bonheur est au rendez-vous avec toute cette végétation touffue et variée. Ca ne m'étonne pas que le concert que nous devons écouter cet après-midi s'appelle "le Jardin d'Eden"! Alors aujourd'hui, nous décidons de faire comme le Petit Chaperon Rouge sauf que c'est le soleil que nous suivrons à la trace en allant vers l'Ouest...
Après avoir fait une descente dans la valleuse de Vastérival, un ancien lit de rivière asséchée,
qui finit en cul-de-sac dans la mer céladon, nous avons dû battre en retraite précipitamment sous la pluie diluvienne. Hum, nous n'allons quand même pas baisser les bras, non? Surtout que la météo nous avait promis du soleil! Nous on veut y croire dur comme du fer! Chose promise, chose due! Comme on le sait le temps océanique a ses humeurs fantasques mais poétiques. En bonne Normande, j'avais tout prévu: anorak, chaussures de randonnée, parapluie de secours, affaires de rechange...
Bon, nous décidons de nous abriter momentanément dans la voiture et d'aller voir ailleurs: le Phare d'Ailly, vigie carrée et blanche qui émerge des arbres mais interdite d'accès! Zut c'est dimanche! Nous rebroussons chemin et croisons des promeneurs armés de paniers. ca sent le champignon à pleine narine! Et ça dégouline, floc-floc...
je préfère appuyer sur le champignon pour aller à Veules-les-Roses dont le micro-climat permet un foisonnement de ... roses of course! Ronsard doit loucher sur le coin de là haut et faire une infidélité à son Anjou natal! Nous n'atteindrons jamais le village, car notre attention a été attirée par un panneau magique "Plage" à Saint-Aubin-sur-Mer. Iwona est une accro de l'élément eau, et je la vois qui trépigne d'impatience en arrachant la pellicule imperméabilisée de son imper qui date de Mathusalem.
D'un air innocent je lui dis: "tu veux qu'on y aille?" N'attendant pas la réponse, je braque à droite, et nous nous garons dans un parking très rustique proche d'un herbage marécageux et peuplé de bovidés brouteurs. Guère de monde là aussi! Depuis hier, nous sommes vernies et avons l'impression d'avoir la Nature pour nous toutes seules: le luxe suprême!
Du vent qui mugit sans discontinuer, des vagues qui projettent de l'écume à 3 mètres de haut, des falaises crayeuses, une mer aux tons uniques allant du blanc pur mousseux au trait linéaire bleu
marine à l'horizon, en passant par des teintes vertes en camaïeux qu'on ne voit nulle part ailleurs. Ce n'est pas pour rien que cet endroit est baptisé "Côte d'Albâtre"... On a l'impression que toute la crème fraîche de Normandie s'est déversée là, qu'elle bat ses oeufs en neige avant de la touiller dans les fonds marins noyant la craie des falaises émiettée petit à petit à chaque coup de boutoir des marées montantes...
Ce vert céladon est presqu'irréel tellement il est clair sous le ciel plombé, un ciel d'ailleurs changeant puisque la pluie a décidé de nous fausser compagnie.
Chose promise, chose due, avais-je dit! Voici Messire Soleil qui daigne apparaître! Iwona ne tient plus en place: elle veut escalader les falaises malgré l'interdiction d'emprunter le chemin rogné par l'érosion... Je lui passe mes chaussures de randonnées plus pratiques et sûres que ses chaussons de cuir tout confortables qu'ils soient...
Je préfère rester en bas, à m'imprégner
de cette palette de verts d'une beauté inouïe et à essayer de les traduire sur mon papier aquarelle 300gr. Je m'aperçois que j'ai oublié ma trousse pour le crayon et la gomme... Après un instant d'hésitation, je me lance à l'eau c'est le cas de le dire! Je décide de peindre avec mes pinceaux directement. Je trace les contours avec un pinceau pointu, et voilà: j'entre en transe. Place à la couleur, mais avec beaucoup de réserve de blanc!
A 14h30 je vois Iwona qui redescend de la falaise, le pantalon tout blanc sur les fesses! et enchantée de sa promenade. De mon côté, je suis contente: j'ai réussi à faire au moins une aquarelle!
Le vent souffle toujours: il est presque chaud! Et le soleil nous dit adieu derrière les peupliers à contre-jour...
Brenda et sa voix magnifique nous attendent!


